Piratage IPTV : une décision judiciaire majeure en faveur de la LFP
Contexte : le fléau du streaming illégal
Depuis plusieurs saisons, la Ligue de football professionnel (LFP) alerte sur l’ampleur du visionnage illégal des matchs de Ligue 1 et Ligue 2, via des sites de streaming ou des services IPTV. Selon ses études, une part significative des spectateurs regarde ces compétitions sans passer par les voies légales. Face à cette situation, la LFP a multiplié les procédures juridiques pour protéger ses droits, notamment contre les diffuseurs pirates et les services contournant les contrôles habituels.
Une injonction préventive : quoi, quand, comment
Le 18 septembre 2025, le président du Tribunal judiciaire de Paris a rendu une décision forte : la LFP, ainsi que sa filiale LFP Media, obtiennent le droit d’agir préventivement contre les sites de streaming illégal et les services IPTV diffusant les matchs de Ligue 1 McDonald’s et Ligue 2 BKT.
Concrètement, Google et Bing sont désormais obligés de déréférencer les sites identifiés comme illégaux. Cela signifie que ces plateformes ne devront plus apparaître dans les résultats de recherche dès lors qu’elles sont reconnues comme diffusant sans autorisation.
Portée de la mesure et nouveaux outils
Cette injonction s’inscrit dans un ensemble de mesures déjà prises par la LFP pour lutter contre le piratage :
Le blocage des sites par les fournisseurs d’accès à Internet (FAI).
Le blocage des services de DNS alternatifs qui permettaient parfois de contourner les interdictions traditionnelles.
Le lancement d’une procédure auprès de l’Arcom (l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) pour étendre le déréférencement aux nouveaux services pirates dès qu’ils sont identifiés.
Cette capacité d’agir en amont, c’est-à-dire avant que le préjudice ne soit trop visible ou déjà subi, est jugée comme un tournant juridique. L’objectif : rendre l’accès au piratage plus difficile, en réduisant fortement la visibilité de ces services illicites.
L’offre légale comme contrepoids
Parallèlement à ces actions judiciaires, la LFP mise aussi sur une offre légale forte pour dissuader le public de se tourner vers des services illégaux. C’est dans cette optique qu’a été lancée la plateforme Ligue1+ le 15 août 2025, qui retransmet la grande majorité des matchs (à l’exception d’un match par journée réservé à BeIN Sports).
Quelques résultats encourageants : moins d’un mois après son lancement, Ligue1+ dépasse le million d’abonnés. Les prix d’abonnement ont été positionnés pour être attractifs, avec des offres promotionnelles initiales, afin de capter le plus grand nombre d’amateurs de foot.
Quels impacts et quelles limites ?
Impacts attendus
Réduction de la visibilité des sites illégaux : le déréférencement rend ces services beaucoup plus difficiles à trouver pour l’utilisateur lambda via les moteurs de recherche.
Effet dissuasif : la crainte d’être invisible ou bloqué pourrait pousser certains opérateurs pirates à limiter leur diffusion ou à fermer.
Renforcement du modèle légal : une offre accessible et bien distribuée (Ligue1+) pourrait attirer ceux qui utilisaient auparavant les services illégaux.
Limites possibles
Les plateformes illégales peuvent tenter de contourner ces mesures (changement de nom de domaine, utilisation de proxies, VPN, etc.).
Le déréférencement ne bloque pas directement la diffusion : il rend seulement plus dure l’accès via les moteurs de recherche.
Le coût de l’offre légale reste un critère : si les abonnements sont jugés chers par certains publics, le piratage pourrait rester une alternative.
Conclusion : une étape importante, mais pas la fin du combat
La décision du Tribunal judiciaire de Paris donne à la LFP un nouvel outil juridique puissant pour lutter contre le piratage, en particulier l’IPTV. En lançant dès à présent des procédures préventives, elle marque une évolution dans la stratégie de protection des droits sportifs. Mais cette victoire ne garantit pas l’éradication du streaming illégal : elle doit s’accompagner d’une offre légale convaincante, d’une veille constante et d’actions techniques (blocage, DNS, etc.).
Pour les utilisateurs, le message est clair : le paysage évolue, l’offre légale devient plus visible et plus accessible, tandis que les voies illégales perdent peu à peu de leur praticité. Reste à voir si cela suffira à changer durablement les habitudes.
